Florian Thauvin, l'Interview, article Baptiste Chaumier L'Equipe

Florian Thauvin a été interviewé par notre excellent confrère Baptiste Chaumier de l'Equipe


Prêté par Newcastle, l'attaquant est de retour à l'OM, où il souhaite se défaire de sa mauvaise réputation, pour qu'on parle de lui comme d'un footballeur, tout simplement.

Après avoir personnifié le ­fameux projet Dortmund de Vincent Labrune, à l’été 2013, Florian Thauvin, vingt-trois ans, revient à l’OM.

En prêt

Et, s’il aimerait arrêter de parler du passé, il sait que seules ses performances sur le terrain lui offriront la rédemption tant espérée.
Pourquoi revenir dans un club où votre carrière a été si difficile pendant deux ans ?
« Premièrement, je ne pouvais signer qu’à Marseille puisqu’on ne peut pas jouer pour trois clubs différents dans une saison. ­Ensuite, il faut le vivre pour le comprendre. C’est un club qui est porté par ses supporters. Cette adrénaline manque forcément.»

Vouliez-vous vraiment quitter l’OM l’été dernier ?
«C’est vrai que mon transfert s’est fait au dernier moment et très rapidement. Il y a eu un changement d’entraîneur, le club avait besoin d’argent. Ç’a été une bonne opportunité pour moi de découvrir le meilleur Championnat du monde.

Vous ne vous êtes pas senti poussé dehors par vos dirigeants ?
«(Rire un peu gêné.) Non, non.»
Cette étiquette de protégé de Vincent Labrune…

«Les gens ont fait un lien entre nous parce qu’on est originaires de la même ville (Orléans). Ce n’est pas parce que des joueurs sont nés à Marseille qu’ils sont forcément les chouchous du Vélodrome, non ? À force, c’est fatigant. On vient toujours me rajouter une étiquette de plus. J’ai simplement envie de jouer au foot. Je suis revenu à Marseille pour vivre ma passion. J’aimerais qu’on me juge, ou pas d’ailleurs (il sourit), pour ce que je fais sur le terrain. J’aimerais être jugé comme tout le monde.»

Mais le début de votre carrière a fait naître des promesses, les attentes sont forcément plus fortes vous concernant.
«Il faut me laisser jouer mon football, me laisser travailler. J’ai encore toute ma carrière devant moi.»
Mais le temps passe.
«Si j’arrive à prendre le bon virage maintenant, je peux renverser la tendance. Et on peut aussi jouer au football au très haut ­niveau à trente ans passés. Il ne faut pas que je me mette trop de pression.»

Même après votre passage délicat à Newcastle ?
«J’ai connu une nouvelle expérience, un nouveau Championnat, un nouveau mode de vie. Ça m’a permis de prendre un peu de recul sur les deux années que j’ai vécues à l’OM, de comprendre certaines choses.»

Que les critiques pouvaient être bien plus violentes encore en Angleterre, comme celles qui ont suivi votre apparition en costume et nœud papillon avant un match ?
«En Angleterre, à chaque match à domicile, on doit venir en costume au stade. C’est la tradition. Mais, ce jour-là, Alan Shearer (ancien buteur des Magpies devenu consultant) m’a violemment critiqué en disant que je me prenais pour quelqu’un d’autre alors que je n’étais pas seul à porter un nœud papillon ! Pourquoi encore moi ? J’aimerais qu’on me laisse tranquille…»
Malgré tout, n’avez-vous pas une part de responsabilité dans ces critiques ?
«J’ai eu des comportements qui n’étaient peut-être pas appropriés. Mais on apprend de ses erreurs et tout le monde l’oublie : je viens d’avoir vingt-trois ans.
On fait tous des choix, parfois bons, parfois mauvais.»

Votre image reste marquée par votre bras de fer avec Lille pour rejoindre l’OM, à l’été 2013. Comment vous en défaire ?
«C’est malheureux que cet épisode me suive encore jusqu’à maintenant. Dans la vie, on fait tous des choix, parfois bons, parfois mauvais. Mais il faut savoir passer à autre chose.»

N’avez-vous pas commis une erreur à l’époque ?
«On ne peut pas le savoir puisque je ne suis pas resté à Lille. Je suis fier de mon parcours, de ce que j’ai accompli. Je respecte le club de Lille, mais je ne regrette pas du tout d’avoir choisi l’OM.»

Malgré les critiques ? Les vivez-vous toujours aussi durement ?
«Quand on est si jeune, on n’est pas préparé à ça. Mais je suis persuadé qu’il y a un ­décalage entre ce qu’on dit de moi et la réalité. Mes proches savent qui je suis. Durant ma carrière, jamais un entraîneur n’a mal parlé de moi ou évoqué un mauvais comportement, mais je suis arrivé dans un environnement où tout est décuplé.»

Vos relations ont été houleuses parfois avec Marcelo Bielsa...
«J’ai toujours eu de bons rapports avec le coach, même si ça a pu gueuler parfois, comme avec tous les entraîneurs. C’est quelqu’un qui ne supportait pas qu’on ait une baisse de régime à l’entraînement, donc il nous le faisait savoir.
La saison dernière, je n'ai pas eu de problèmes.»

Quitte à vous virer de l’entraînement ?
«Oui, et ce n’est pas arrivé qu’à moi. Je suis quelqu’un qui ne pose pas de problèmes. Et jamais, j’insiste bien, un entraîneur ne s’est plaint de moi, et j’en ai déjà connu beaucoup.»

Vous n’étiez pas isolé dans le vestiaire la saison dernière ?
«Des histoires, il y en a partout, sauf qu’on en parle surtout à l’OM. La saison dernière, je n’ai pas eu de problèmes. J’ai toujours des contacts avec certains joueurs d’ailleurs. Puisque je m’entendais si bien avec Steve (Mandanda), qui est notre capitaine, il m’aurait fait savoir s’il y avait un problème avec moi, non ?»

Vous avez la réputation de quelqu’un de trop influençable.
«Par qui ? Pourquoi ?»

À l’époque, les dirigeants lillois vous avaient décrit sous l’emprise de votre ancien conseiller, tonton “Adil ”.
«(Il souffle.) C’était il y a trois ans maintenant. Je n’ai pas toujours fait les bons choix dans mon environnement au début de ma carrière, mais, avec le temps, je m’en suis rendu compte. Dans notre métier, c’est très compliqué de bien s’entourer, de gérer la notoriété, toutes les sollicitations exté­rieures, tous ces gens qui ne veulent pas que votre bien. J’ai payé pour voir…»