Jacques-Henri Eyraud, et le mercato

Aymen Abdennour a-t-il été relancé dimanche, comme il l'a affirmé, et quelle est votre réaction à cette déroute à Monaco ?
«Je crois qu'il a été clair, il a dit qu'on l'avait recontacté avant le match à Monaco. Voilà la réalité. Le match à Monaco, c'est un naufrage, c'est une défaite très difficile à accepter, à vivre, pour les joueurs sur le terrain, en tribunes aussi. Après, il est intéressant de voir les réactions depuis quelques jours, je les trouve complètement disproportionnées. Elles balaient la série de 18 matches officiels sans défaite de cette équipe, depuis le 1er mars. Du jour au lendemain, elle a été rasée des tablettes. C'est une défaite qui fait mal, très mal. Ce qui m'importe, c'est la notion de progression, c'est d'être capable de dire qu'on est sur cette trajectoire de progrès, notamment sur le terrain. On ne l'a pas énormément vue, cette notion, dimanche soir, face à une équipe qui reste exceptionnelle, malgré les départs ou les absences. Je suis toujours aussi confiant pour l'avenir, on a un coach, un staff, des joueurs qui ont du caractère, qui ont su rebondir après des défaites lourdes la saison dernière. Je leur fais confiance, ils vont aborder la reprise avec beaucoup de détermination
Mais quels enseignements tirez-vous du 6-1 ?
«Il y en a beaucoup, tactiques, sportifs, mais c'est au coach et à Andoni de comprendre pourquoi ça n'a pas marché, et comment ne pas connaître à nouveau des défaites d'une telle ampleur. Rudi s'est exprimé sur ça, il a été d'une grande clarté, a assumé ses responsabilités. Il n'y a pas que le coach. Ce qui m'a le plus gêné : je n'ai pas vu beaucoup de rébellion sur le terrain, et pourtant on a des joueurs de caractère. A nous de faire mieux, d'apporter les bonnes réponses.
«La qualité d'un mercato se juge en fin de saison, et pas à la quatrième journée
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Pensez-vous que ce recrutement estival réponde aux attentes de l'OM Champions Project et à celles des supporters ?
«Les exigences du projet OM Champions n'ont jamais varié. Je voulais vous rappeler mes déclarations depuis le début, vous pouvez les consulter depuis sa présentation. On a dit qu'on dépenserait 200M€ pour renforcer cette équipe, sur quatre ans. Entretemps, des jeunes joueurs de 18 ans qui ont disputé 25 matches en L1 sont achetés pour 180M€ (Mbappé, ndlr), c'est vrai qu'il est difficile de lutter contre la nouvelle réalité du football européen. Mais 200M€, c'est beaucoup d'argent, on a sérieusement commencé à les investir depuis quelques mois. Je vous rappelle un chiffre important, sur les dix dernières saisons, et donc les vingt derniers mercatos, l'OM a investi 330M€. Et en deux mercatos, depuis notre arrivée, nous avons investi 103M€. Ce n'est pas de la comm', c'est la réalité, peu de clubs en France ont fait cet investissement, à part le Paris-SG ou Monaco, qui a pu financer cela après des ventes extrêmement impressionnantes. Je vous rappelle qu'avant cela, nous sortions d'une séquence où, sur les saisons 2015 et 2016, plus de 110M€ ont été dégagés en cessions. Le levier des ventes de joueurs pour nous est difficile à générer. On a exactement fait ce qu'on a dit

Et les souhaits du public ?

«Pour ce qui est des attentes, tout le monde se focalise depuis des semaines sur la venue d'un attaquant, on aimerait recruter un attaquant, mais quelle que soit la pression extérieure, on ne recrutera pas un attaquant qui ne correspondra pas à nos besoins de façon très précise. On ne le fera pas sous la pression, de qui que ce soit. On estime, et j'en parle souvent à Andoni (Zubizarreta), qu'on a un mercato extrêmement particulier, avec une évolution spécifique des valeurs. On doit s'adapter, apprendre de cette nouvelle donne. En tout état de cause, la qualité d'un mercato se juge en fin de saison, et pas à la quatrième journée, surtout au lendemain d'une défaite très difficile. On va continuer à suivre notre cap, à exécuter notre plan. Il y a cette grande attente sur l'attaquant, mais j'avais quand même l'impression que les mouvements déjà réalisés cet été avaient été salués pour leur cohérence. A Marseille, comme ailleurs, une défaite peut tout remettre en cause. Si c'est le cas... Nous, ça ne nous changera pas de notre route

Cette somme de 200M€ peut-elle suffire ?
«C'est quelque chose que l'on nous reproche souvent. Mais c'était un moyen de fixer les attentes. Le marché du football a explosé entretemps, est-ce que c'est sain ? On verra dans quelques années. Nous, on reste sur ce qu'on s'est dit. Il y a des belles histoires de clubs en Europe qui n'ont pas dépensé 500M€ ou un milliard d'euros pour être champion ou aller très loin en Ligue des Champions. Ça reste du football, la beauté de ce sport est qu'il y a des surprises, des parcours étonnants. Mais au niveau de l'investissement, on est déjà dans le top 3 du foot français, j'aimerais qu'on le réalise. En se rappelant de l'état de l'OM il y a douze mois. Et enfin, en se rendant compte que c'est l'effort financier d'un entrepreneur qui met son argent personnel. Dix mois plus tard, le club n'a toujours pas un euro de dettes à son bilan. Ça mérite un peu plus de reconnaissance. J'étais présent à beaucoup d'interviewes données par Frank (McCourt). Je crois qu'il y a un décalage culturel chez vous entre ce qu'il a en tête, ces déclarations, et ce qu'il annonce. Il a l'habitude de fixer des objectifs élevés. Je fais aussi partie de ceux qui pensent que cela permet d'avoir plus de chances d'arriver le plus haut possible. Si vous ne comprenez pas ça, tant pis. On verra où sera l'OM dans trois ans, dans cinq ans.
«On va recruter un deuxième attaquant qui correspond pleinement à tous les critères établis ensemble
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N'y a-t-il pas une urgence à prendre l'attaquant réclamé par Rudi Garcia ?
«Et Rudi, et Andoni, et moi validons le fait qu'il serait bien qu'un nouvel attaquant rejoigne l'OM. Mais nous voulons que cette arrivée potentielle ne se fasse pas dans des conditions sportives et économiques irréalistes, injustifiées. C'est aussi simple que ça. On va recruter un deuxième attaquant qui correspond pleinement à tous les critères établis ensemble. Rendez-vous demain soir à minuit pour voir ce qui sera ou non réalisé

On parle beaucoup de Vincent Aboubakar...
«Un transfert ne se discute par sur la voie publique. Claironner qu'un joueur vous intéresse n'est pas la meilleure façon de procéder. Je ne fais pas de commentaires sur les joueurs ciblés

Maintenant qu'il y a prescription, que s'est-il passé dimanche avec Stevan Jovetic, une de vos priorités ?
«C'est incroyable ce qu'on peut lire ces derniers temps (un tabloïd anglais a écrit qu'Eyraud n'avait pas reconnu le joueur monténégrin lors d'un déplacement en hélicoptère dimanche après-midi, ndlr). Quand on s'intéresse à un joueur, on le visualise. Je l'ai reconnu tout de suite, j'ai envoyé un SMS à Andoni pour lui dire : '"Tu sais la meilleure ? Je suis dans le même hélicoptère que Jovetic !" Je suis allé voir Jovetic : "Alors, tu viens à Monaco ?" On a eu une discussion très intéressante. Je crois qu'il a beaucoup apprécié le projet proposé, mais il y avait un critère important pour un joueur de ce calibre : la participation à la Champions League. On va tout faire pour y participer le plus vite possible.»