L'OM et Lyon, on fait ce qu'on peut

C’est curieux : dans le monde du football, on parle de moins en moins de football et de plus en plus d’argent. C’est lassant, assommant, et ici même on en parle trop. Ce n’est pas l’air du temps qui nous influence, ni le battage du grand barnum médiatique, pas davantage le vulgaire tintement des machines à sous qui envahissent le football comme au casino, non, c’est autre chose  : la navrante observation que nous sommes contraints de faire. En regardant le classement des cinq championnats majeurs (Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie, par ordre alphabétique sinon la France viendrait en dernier), la sentence est implacable  : les 10 plus gros budgets occupent les 10 premières places, partout (le constat vaut aussi pour le Portugal, la Russie, la Turquie, les Pays-Bas, la Suisse…), comme si la force de l’argent était irrépressible. Irrépressible et indomptable. Est-ce à dire que les «  classes moyennes  » ne savent pas s’y prendre ou que le talent individuel prime sur tout  ? Les deux sans doute. Pour peaufiner une expression collective soutenue, il faudrait du temps, faute d’argent. Et le temps est l’ennemi du football.

Accepter une rétrogradation pour mieux rebondir est un concept qui effraie tout le monde, alors on fait comme on peut pour sauver sa peau chaque saison, sans désir ni espoir d’améliorer la qualité de son football. Et c’est ainsi que les équipes faibles le restent, taraudées par la crainte de perdre. Moutonnières, elles n’osent rien inventer et ne proposent rien d’original  ; au contraire, elles se réfugient dans des standards très basiques dont la priorité est la protection et le renforcement défensifs. Les qualités individuelles des nantis font tout naturellement la différence. En France, deux équipes ont sauvé la Ligue 1 de sa torpeur: Lyon et Marseille. Mais, là encore, c’est l’argent qui va servir de juge de paix pour dessiner leur proche avenir.

La jeunesse de Lyon
Il a fallu que Jean-Michel Aulas fasse l’amer aveu que Lyon ne pouvait plus suivre le train de vie des grosses écuries pour qu’il change son fusil d’épaule et s’oriente vers la formation après avoir acheté une fortune des joueurs moyens (Bastos et Makoun, par exemple, plus de 20 millions d’Euros). Lopes, Umtiti, Gonalons, Grenier, Fekir, Lacazette sont des «  produits  » maison et ont du talent, un talent fou même pour le duo Fekir-Lacazette. On aimerait voir ces joueurs grandir ensemble dans un stade flambant neuf. Sera-ce possible  ? Sûrement pas: Lyon traîne malheureusement un endettement endémique, et Aulas a beau répéter tous les jours que ses joueurs sont invendables, la manœuvre ne vise qu’à faire monter les enchères. Le hic, c’est que sans Fékir ou Lacazette, Lyon ne serait plus tout à fait Lyon tant les deux attaquants, très complémentaires, ont été essentiels dans l’avènement d’une équipe prometteuse. Les Lyonnais pourront-ils résister à la loi du marché  ? Si oui, ils auront une ossature qui évitera au Paris Saint-Germain de trop s’endormir sur ses lauriers. C’est l’envers du décor de la formation  : dès qu’un jeune joueur éclot, il s’en va et Fékir est un futur grand joueur appelé à s’expatrier. Est-ce de la promotion au mérite ou la mainmise de la «  World Company  » sur toutes les pépites  ? Et dire que Fékir n’est apparu qu’en septembre et que Grenier n’est revenu d’une longue blessure qu’en avril…Franchement, leur séparation serait comme une incompréhension mais le football du 21ème siècle est-il toujours compréhensible  ?

Marseille et le «  projet Dortmund  »
Vincent Labrune, le président de Marseille, est un spécialiste de la communication, c’est son job. Aussi, quand il y a deux ans maintenant, il avait convié tous les médias à une conférence de presse, il avait réussi son coup  :  «  L’OM va être le Borussia Dortmund de demain  ». C’était quoi le projet Dortmund  ? Acheter de bons joueurs français prometteurs qui resteraient deux, trois ans à Marseille avant d’être transférés à prix d’or. Il avait «  vendu  » ça comme une idée de génie alors qu’il n’enfonçait que des portes ouvertes puisque la majorité des clubs essaie de faire la même chose. En faire un évènement avait berné tout le monde. Le «  projet Dortmund  » a capoté puis-qu’aucun des joueurs concernés (Thauvin en premier chef, Alessandrini, Lemina) n’a pris la moindre valeur. Fiasco sur toute la ligne puisque Gignac, acheté une fortune et en fin de contrat, s’en va libre. Sans Marcelo Bielsa, quel aurait été le visage de l’OM, souvent emballant (parfois énigmatique)  ? L’entraîneur olympien aura été l’une des rares figures marquantes de la saison française. Un peu comme Lyon, Marseille ne doit sa survie qu’à son actionnaire, Margarita Louis-Dreyfus, qui injecte tous les ans 20 millions d’Euros à fonds perdus dans les caisses du club, alors qu’elle n’a aucun intérêt dans le football. Tous les matins, les Marseillais prient pour que Bielsa _ un vrai personnage qui tranche totalement avec les canons de sa confrérie _ ne fasse ses valises, qu’il a légères car il ne tient pas en place. Mais on voit toutes les difficultés qu’ont ces équipes moyennes à maintenir un certain standing. Le foot semble être un laboratoire de l’ultra-libéralisme  : les très riches (il y en a  peu) n’ont que des soucis de riches  _ une abondance de biens avec de grands joueurs qui font banquette _ les autres sont paupérisés, ne peuvent pas accrocher les wagons et ne jouent plus dans la même catégorie. Alors que le football, avec ses transferts mirobolants, ses droits télé exorbitants, ses sponsors opulents, regorge de liquidités qui s’évaporent on ne sait pas toujours où…
Mais franchement, si Lyon et Marseille ne peuvent plus réciter la même partition, le football français va franchement s’ennuyer.