Histoire de la Coupe du Monde 1998

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Il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas être pris de vertige en ce dimanche 12 juillet 98 sous les coups de 22 H 45 au Stade de France.
Au terme d'une course rectiligne et décidée, Emmanuel Petit vient d'hériter d'une passe de Patrick Vieira et d'inscrire le troisième but de l'équipe de France en finale de la Coupe du monde, face au Brésil.
Il ne reste plus qu'une poignée de secondes à jouer et ce trophée, posé au cœur de la tribune officielle, ne peut plus échapper aux Bleus. "Pincez-nous, on rêve !"
La France, qui a déployé tant d'efforts et d'intelligence pour créer la Coupe du monde en début de siècle, se voit récompensée par un juste retour des choses sous la forme d'une victoire totale indiscutable, éblouissante dans ce dernier mondial du XXe siècle. Trois-zéro contre le champion du monde en titre, ce Brésil de Ronaldo qui devait voler haut.
Pas une "petite" victoire signée un-zéro ni même un succès arraché à deux-zéro.
Non : le slogan qui part du Stade de France et qui fera fureur tout l'été et qui restera pour l'éternité est bien ce "Et un, et deux et trois-zéro" qui sonne comme un moment de fierté nationale et un signe de ralliement.
La 16ème Coupe du Monde de la FIFA est la plus grande de tous les temps, disputée par 32 équipes, avec 64 matches joués. Les huit groupes de quatre équipes sont répartis dans toute la France, avec dix stades nouveaux ou totalement rénovés, le match d'ouverture et la finale étant disputés dans le superbe et flambant neuf Stade de France, à deux petits kilomètres au nord de Paris.
32 pays, cela signifie 30 places à gagner lors des éliminatoires, ce qui procure de nouvelles opportunités pour les nations africaines ou asiatiques. Les groupes de quatre équipes respectent également la variété géographique, chacun de ces groupes, sauf un, comprenant deux équipes européennes, une équipe du continent américain et une des continents africain ou asiatique.
Comme c'est souvent le cas en Coupe du Monde de la FIFA, le premier tour amène son lot habituel de surprises, certains des favoris devant batailler ferme pour rallier le second tour, face à des outsiders de moindre renom. L'Espagne ne parvient pas à surmonter la malédiction qui l'accable en Coupe du Monde de la FIFA après un départ très timide et malgré un superbe redressement. Battus 3-2 par le Nigeria lors de leur première rencontre, les hommes de Javier Clemente n'ont plus la faveur des pronostics.
Ils parviennent pourtant à passer six buts aux infortunés Bulgares, tout cela pour voir le Paraguay battre les Super-Eagles du Nigeria, leaders du groupe, et se qualifier à leurs dépens.
La Colombie manque aussi la qualification dans un groupe dominé par une équipe de Roumanie qui parvient même à surprendre l'Angleterre (2-1). L'Ecosse et la Jamaïque, chacune dans son groupe, doivent subir respectivement la loi du Brésil et de l'Argentine, mais leurs supporters profitent des deux premières semaines de compétition pour faire partager leur joie de vivre et leurs rires à toute la France.
Le Maroc quitte lui aussi le tournoi sur un regret, après qu'un pénalty en toute fin de match permette à la Norvège de battre le Brésil, arrachant ainsi aux Nord-Africains la seconde place qualificative du groupe.
Le sommet des huitièmes de finale se situe à Saint-Etienne, où l'Angleterre et l'Argentine se livrent un duel épique. La première mi-temps restera dans les annales comme 45 minutes de pur football classique - un pénalty de chaque côté au cours des dix premières minutes, Michael Owen inscrivant Le but du tournoi et donnant l'avantage aux Britanniques, avant que Javier Zanetti n'égalise juste avant la mi-temps, d'une frappe millimétrée sur coup-franc.
Après la pause, le drame remplace les buts - David Beckham expulsé pour avoir donné un coup de pied à Diego Simeone, le but "vainqueur" de Sol Campbell refusé pour une faute sur le gardien, les prolongations, les tirs au but... Carlos Roa arrête le cinquième et dernier tir anglais, celui de David Batty, et l'Argentine poursuit sa route.
Le Brésil élimine difficilement le Danemark des frères Laudrup 3 à 2 puis les Pays-Bas en demi-finale aux tirs au but.
Kluivert a répondu à Ronaldo

Pendant ce temps, la France, pays organisateur, fait lentement mais sûrement son petit bonhomme de chemin, en route vers son rendez-vous avec le destin.
Après un parcours sans faute durant le premier tour, les Tricolores se heurtent à une résistance farouche du Paraguay et ne doivent leur salut qu'au premier "but en or" de tous les temps en Coupe du Monde de la FIFA TM (et le seul à ce jour), inscrit par le défenseur central Laurent Blanc à la 113ème minute de la rencontre. L'Italie est leur adversaire suivant et, cette fois, c'est l'épaisseur des poteaux qui les sauve. Roberto Baggio expédie une superbe volée à quelques millimètres du poteau durant les dernières minutes de la prolongation, puis Luigi di Biagio envoie le cinquième (et décisif) tir au but italien... sur la barre transversale !
En demi-finales, les Bleus se retrouvent avec un sacré paquet-surprise, la Croatie. Participant à leur première Coupe du Monde de la FIFA TM depuis que l'ancienne Yougoslavie a été "éclatée" en plusieurs états séparés, les héroïques joueurs au maillot à damier de Miroslav Blazevic donnent la leçon à l'Allemagne en quart de finale (3-0) avant de réduire les supporters français au silence.
Le soulier d'or Davor Suker donne l'avantage à son équipe juste après la pause du match contre la France.

C'est désormais l'heure de l'homme providentiel
Le défenseur latéral droit Lilian Thuram choisit en effet ce moment pour marquer son premier but international, puis son second, offrant ainsi une finale de rêve : la France, pays organisateur, face au Brésil, tenant du titre, qui s'est débarrassé du Chili, du Danemark puis des Pays-Bas lors des précédents matchs qualificatifs.
Et nous voici donc rendus à ce fameux 12 juillet !

"Le jour de gloire est arrivé", comme le dit une phrase de "La Marseillaise".

Avec un premier but de la tête à la 27ème minute, suivi par un second durant les arrêts de jeu de la première mi-temps, le meneur de jeu Zinedine Zidane pétrifie ses adversaires brésiliens, qui ne parviennent jamais à s'en remettre.
Bien que réduite à dix joueurs après l'expulsion de Marcel Desailly à la 68ème minute, la forteresse française ne se contente pas de résister à l'assaut final des Brésiliens, mais se permet même d'ajouter un nouveau but sur une contre-attaque d'Emmanuel Petit à la dernière minute. Le coup de sifflet final de l'arbitre marocain, M.Belqola, le premier Africain à avoir arbitré une finale de Coupe du Monde de la FIFA TM, donne le signal à toute la population de s'abandonner à l'extase. Les Champs-Elysées sont envahis par plus d'un million de personnes pour une fête qui se prolonge jusqu'au bout de la nuit.
LE PARCOURS DE LA FRANCE
PREMIER TOUR (groupe C)
12 juin 1998 à Marseille (Stade Vélodrome)
FRANCE - AFRIQUE DU SUD : 3-0 (1-0)

Buts : Dugarry (34e), Issa (77e c.s.c.), Henry (90e) pour la France.
FRANCE : Barthez - Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu - Deschamps, Djorkaeff (Trezeguet, 82e), Petit (Boghossian, 72e), Zidane - Henry, Guivarc'h (Dugarry, 26e).
AFRIQUE DU SUD : Vonk - Fish, Issa, Jackson, Nyathi - Radebe, Moshoeu, Fortune, Augustine (Mkhalele, 56e) - Masinga, Mc Carthy (Bartlett, 89e).
Aimée Jacquet après France Afrique du Sud
Je n'ai eu de cesse de répéter aux joueurs qu'il s'agissait du match le plus important et que nous avions de la chance de le disputer à Marseille.
Une victoire probante nous placerait d'emblée sur orbite.
La composition de l'équipe -avec Djorkaeff à gauche et Henry sur le côté droit- surprend tout le monde alors qu'elle trottait dans mon esprit depuis longtemps, fruit d'une réflexion de deux ans.
Le succès est impératif et l'on accouche d'une merveille.
Dans des conditions climatiques épouvantables, face à un adversaire bien préparé, toutes les qualités de l'équipe de France rejaillissent.
Elle possède d'énormes moyens sur le plan du jeu et confirme sa très grande force mentale,.
Je considère cette rencontre comme le match "symbole des Bleus".
18 juin 1998 à Saint-Denis (Stade de France)
FRANCE - ARABIE SAOUDITE : 4-0 (1-0)

Buts : Henry (36e, 77e), Trezeguet (68e), Lizarazu (85e) pour la France.
FRANCE : Barthez - Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu - Deschamps, Boghossian, Zidane (expulsé, 70e), Diomède (Djorkaeff, 58e) - Henry (Pires, 78e), Dugarry (Trezeguet, 29e).
ARABIE SAOUDITE : Al Deayea - Al Jahni (A. Al Dosari, 76e), Al Khilaiwi (expulsé, 19e), Zubromawi, Sulimani - Amin, Owairan (Al Harbi, 33e) (Al Mowalad, 63e), K. Dossari, Saleh - Al Jaber, Al Shahrani.
Aimée Jacquet après France Arabie Saoudite
"Match très dur sur le plan psychologique à double titre, assumer notre belle prestation face à l'Afrique du Sud, gérer le long intervalle (six jours) entre les deux rencontres.
Afin de maintenir l'équipe à un niveau de concentration identique, je décide de quelques changements.
Sur le plan purement "comptable" la victoire s'avère nécessaire puisqu'elle nous assure la qualification pour les huitièmes de finale.
La variété des animations se traduit par un succès éclatant.".
24 juin 1998 à Lyon (Stade Gerland)
FRANCE - DANEMARK : 2-1 (1-1)

Buts : Djorkaeff (12e s.p.), Petit (56e) pour la France. M. Laudrup (42e s.p.) pour le Danemark.
FRANCE : Barthez - Karembeu, Desailly, Leboeuf, Candela - Diomède, Vieira, Petit (Boghossian, 64e), Djorkaeff - Pires (Henry, 71e), Trezeguet (Guivarc'h, 85e).
DANEMARK : Schmeichel - Rieper, Hogh, Heintze, Laursen (Colding, 46e) - Schjonberg, Helveg, A. Nielsen, Jorgensen (Sand, 54e) - M. Laudrup, B. Laudrup (Tofting, 75e).
Aimée Jacquet après France Danemark
"Grâce à notre capital points, j'ai l'occasion de faire ce que je n'ai pu entreprendre pendant l'Euro : utiliser les possibilités de tous les joueurs de notre effectif.
Bien entendu, nous ne nous contentons pas du nul, pourtant synonyme de la première place du groupe.
Nous préparons ce match avec beaucoup de minutie pour la gagne.
Le jeu pratiqué par mon équipe de ce jour-là est de très grande qualité.
Devant un adversaire de grande valeur composé d'individualités de haut niveau (Brian et Michaël Laudrup) qui démontrera plus tard dans le tournoi son efficacité l'équipe de France réalise une prestation exemplaire.
C'est le match qui me procure le plus de satisfaction.
Pour couronner le tout, nous venons d'aligner trois succès consécutifs de marquer neuf buts pour un seul encaissé.
Je dispose bien de vingt-deux joueurs prêts et ambitieux."
HUITIEMES DE FINALE
28 juin 1998 à Lens (Félix-Bollaert)
FRANCE - PARAGUAY : 1-0 b.e.o. (0-0, 0-0)

42 000 spectateurs/Arbitre : M. Bujsaim (Emirats Arabes Unis)
But : Blanc (114e) pour la France.
FRANCE : Barthez - Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu - Djorkaeff, Deschamps, Petit (Boghossian, 69e), Henry (Pires, 64e) - Diomède (Guivarc'h, 76e), Trezeguet.
PARAGUAY : Chilavert - Arce, Gamarra, Ayala, Sarabia - Acuna, Paredes (Caniza, 74e), Benitez, Enciso - Cardozo (A. Rojas, 94e), Campos (Yegros, 55e).
Aimée Jacquet après France Paraguay
"Le ton de mon discours change : nous entrons dans l'ère des matches-sanction.
Tout est basé sur la concentration et l'union.
La qualité de l'entraînement exceptionnelle s'en ressent.
A ce stade le vécu des joueurs, désormais familiers des grandes échéances internationales, s'exprime.
Il faut également se passer de Zidane, qui purge son deuxième match de suspension.
Là encore la préparation s'avère payante.

Si nous avions toujours joué avec Zinedine, comment aurions-nous pu nous sortir du piège ?
Contrairement à ce qu'on a pu écrire, je n'ai pas tremblé pendant ce match tellement nous étions supérieurs à nos adversaires du jour.

J'ai simplement attendu -certes impatiemment- la concrétisation de notre écrasante domination"
QUARTS DE FINALE
3 juillet 1998 à Saint-Denis (Stade de France)
FRANCE - ITALIE : 0-0 a.p. (0-0, 0-0) France vainqueur 4 tirs au but à 3

78 000 spectateurs/Arbitre : M. Dallas (Ecosse).
Tirs au but : Zidane (r), R. Baggio (r), Lizarazu (m), Albertini (m), Trezeguet (r), Costacurta (r), Henry (r), Vieri (r), Blanc (r), Di Biagio (m).
FRANCE : Barthez - Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu - Djorkaeff, Deschamps, Zidane, Petit, Karembeu (Henry, 65e) - Guivarc'h (Trezeguet, 65e).
ITALIE : Pagliuca - Bergomi, Maldini, Cannavaro, Costacurta - Pessotto (Di Livio, 93e), D. Baggio (Albertini, 52e), Di Biagio, Moriero - Del Piero (R. Baggio, 67e), Vieri.
Aimée Jacquet après France Italie
L'équipe est rayonnante à l'idée de jouer les Italiens.
La présence dans nos rangs de joueurs évoluant dans le championnat transalpin n'y est sans doute pas étrangère.
On ressent aussi une envie folle de se surpasser, de se mesurer à ces compétiteurs hors-pair.
Et la force mentale du groupe a encore gravi un échelon grâce au match précédent.
Du coup, la préparation s'en trouve facilitée.
Le discours porte de nouveau sur la concentration.
La moindre faute d'inattention face à de tels adversaires se paie cash.
Les joueurs l'ont bien assimilé.
La première mi-temps est un chef-d'œuvre d'emprise sur le match.
Quant aux tirs aux buts je ne fais jamais de préparation spécifique.

En revanche, puisque j'avais envisagé toutes les situations dans le moindre détail, les noms et l'ordre des tireurs étaient consignés sur mon précieux carnet de notes.
DEMI-FINALE
8 juillet 1998 à Saint-Denis (Stade de France)
FRANCE - CROATIE : 2-1 (0-0)

78 000 spectateurs/Arbitre : M. Garcia Aranda (Espagne).
Buts : Suker (46e) pour la Croatie. Thuram (47e, 69e) pour la France.
FRANCE : Barthez - Thuram, Blanc (expulsé, 74e), Desailly, Lizarazu - Djorkaeff (Leboeuf, 74e), Deschamps, Zidane, Petit, Karembeu (Henry, 30e) - Guivarc'h (Trezeguet, 69e).
CROATIE : Ladic - Soldo, Jarni, Simic, Stimac - Bilic, Boban (Maric, 65e), Stanic (Prosinecki, 90e), Asanovic - Vlaovic, Suker.
Aimée Jacquet après France Croatie
Cette rencontre nous l'avons abordée avec davantage de rigueur, de précision.
Nous savions que, pour la première fois au cours de notre parcours, cette équipe pouvait nous mettre en danger.
J'ai énormément insisté là-dessus lors des entraînements et des causeries ayant précédé ce match.
J'avais raison.
Les hommes de Blazevic ont réussi à nous déstabiliser pendant trente minutes au cours de la première mi-temps.
Malgré cela, nous avons tenu, preuve de solidité défensive.
A la mi-temps, avec l'appui de mon staff technique, nous avons recadré les choses en capitalisant sur la capacité de réaction de cette équipe que nous avions déjà entrevue lors des matches de préparation.
Le scénario aurait pu très mal tourner sans notre égalisation expresse après la premier but croate.
Nous venions d'ajouter un énième paramètre à nos qualités : la réaction.
Celle d'un groupe tout entier, pas seulement une réaction isolée.
FINALE
12 juillet 1998 à Saint-Denis (Stade de France)
France Brésil : 3-0 (2-0)

78000 spectateurs/Arbitre : M. Belqola (Maroc).
Buts : Zidane (27e, 45e), Petit (90e) pour la France.
FRANCE : Barthez - Thuram, Leboeuf, Desailly (expulsé, 68e), Lizarazu - Djorkaeff (Vieira, 75e), Deschamps, Zidane, Petit, Karembeu (Boghossian, 57e) - Guivarc'h (Dugarry, 66e).
BRESIL : Taffarel - Cafu, Aldair, Junior Baiano, Roberto Carlos - Cesar Sampaio (Edmundo, 74e), Dunga, Rivaldo, Leonardo (Denilson, 46e) - Bebeto, Ronaldo.
Aimée Jacquet avant France Brésil
La joie de la qualification n'empiète pas du tout sur la concentration et la sérénité de l'équipe.
Les joueurs réagissent très positivement.
A aucun moment nous ne nous endormons sur nos lauriers.
Conquérir le titre de champion du monde est notre unique credo.
Pour la première fois depuis le début de l'épreuve j'accorde une journée de détente aux joueurs.
Ce jour-là, le football cède sa place à l'équitation, à la pêche ou autre pétanque.
Dès le lendemain, changement de ton.
Place au travail avec notamment une séance d'entraînement le matin même du match.
Nous sommes conscients d'être plus forts que les Brésiliens tout en redoutant la percussion de leurs animations offensives.
Aimée Jacquet après France Brésil
Le match se déroule dans une extrême limpidité.
Une "explosion" positive s'est produite au sein de l'équipe et la valeur de nos joueurs a permis d'embarquer l'équipe de France vers l'inoubliable.

Je leur ai souvent répété de ne pas laisser une "miette" aux Brésiliens.
Résultat : nous avons consommé tout le gâteau !"