OM Olympique de Marseille

1943/1944 Les Flandres battent la Provence 4 à 2

A Lille, Flandres bat Provence 4 buts à 2 (0 - 1)
Arbitre Mr Bowley
Bihel (49eme, 54eme, 72eme, 83eme)
De Mareville (6eme) Pironti (75eme)

Flandres : Darui ; Jadrezack, Stefaniak, Urbaniak ; Bourbotte, Tancré ; Tempowski, Baratte ; Sommerlynck, Bihel, Lechantre.
Provence : Delachet ; Dahan, Malvy ; Martinelli, Bastien, Olej ; Dard, Troupel, de Maréville, Robin, Pironti.
Ayant pris de ce fait un mauvais départ, la Provence, déjà très distancée, n'a plus sa place parmi les favoris :Décidément, le championnat lui convient beaucoup moins que la Coupe.
Les premières minutes de sa confrontation avec les Nordistes furent cependant encourageantes. A la 6e minute, de Maréville, mettant à profit une hésitation de Stafaniak, trompa Darui d'un très beau shot à ras de terre. Faut-il voir en de Maréville, l'homme qui est en action dès le coup d'envoi et surprend ainsi les demis et les arrières lents à s'échauffer ? Nous sommes en droit de nous le demander, car de Maréville avait réussi le même coup d'éclat il y a quinze jours à Rouen.
Après cette entrée en scène sensationnelle, les Provençaux connurent des moments difficiles et n'eurent plus guère de loisir d'attaquer. Jusqu'à la fin de la première mi-temps, ils se trouvèrent tellement bousculés, harcelés, que leur défense n'eut pas un moment de répit.Durant quarante minutes, le but de Delachet fut comme une place assiégée qui ne peut même pas tenter une seule sortie, faute de temps pour s'y préparer.
Tous les assauts, pourtant, furent bel et bien repoussés, grâce à un groupement serré des intérieurs, des demis et des arrières méridionaux. En voilà qui s'y entendent pour faire le mur !
Il y avait d'ailleurs lieu de craindre, pour les Nordistes que ce mur ne pût être ébranlé. Mieux valait pour eux attaquer de façon moins pressante, laisser quelque liberté de mouvements aux Provençaux pour obtenir l'éparpillement de leurs forces et la dissociation du bloc défensif.
La consigne ayant été donnée aux Nordistes d'opérer ainsi, l'affaire prit une autre tournure après la pause.
Le temps et l'espace ne leur faisant plus défaut, les avants des Flandres trouvèrent enfin le défaut de la cuirasse. Ainsi, à la 49e minute, Bihel égalisa, rendant l'espoir à ses camarades de combat.
Cinq minutes plus tard, Bihel marquait de nouveau, cette fois sur penalty accordé pour croc-en-jambe de Bastien contre Baratte.
M. Bowley me permettra de lui dire qu'il n'y avait pas croc-en-jambe caractérisé mais blocage régulier.
Que l'adversaire tombe sur un blocage, cela n'implique pas forcément qu'il y ait faute.
Et faire, le départ entre le croc-en-jambe et le blocage "à bout de jambe" est pafois chose délicate. Dans les cas prêtant à discussions ou à interprétations différentes, pourquoi ne pas accorder le bénéfice du doute au défenseur ?
Par bonheur, d'autres buts suivirent celui-là, de sorte que le fâcheux penalty fut oublié. Bihel marqua enore à la 72e minute et à la 83e minute, tandis qu'entre temps Pironti terminait par un shot sans recours une des rares échappées faites par les avants méridonnaux.
L'impression qui subsiste de cette rencontre n'est guère favorable à l'équipe de Provence. Lui reconnaître de réelles aptitudes à la défense ? Mais toutes les équipes, même les plus faibles, sont capables de repousser des offensives répétées en massant sept ou huit joueurs devant leurt but. C'est affaire ici de ténacité, non d'habilité.
Par ailleurs, les Provençaux ont eu le preuve à Lille que, pour être les champions de la contre-attaque, ils restent néanmoins vulnérables.
A tout prendre, les champions de l'attaque sont préférables aux champions de la contre-attaque, car ils finissent généralement par avoir le dernier mot, même lorsque le pourcentage des offensives ratées est imposant.
En somme ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ? Précédemment, la ligne d'avants provençale jouait en M, les deux intérieurs étant seuls en pointe, Aujourd'hui c'est à la formation courante qu'elle revint.
Or, Pironti et Dard n'étant pas en condition satisfaisante, le rendement fut bien faible.
Bref, l'équipe de Provence a grand besoin de récupérer ses blessés au plus tôt pour adopter une formation définitive et une tactique offensive appropriée. Mais n'est-il pas déjà bien tard ? L'équipe des Flandres a largement mérité son succès. Lui fera-t-on reproche d'avoir gaspillé ses forces, pendant la première mi-temps, contre le réseau défensif, très renforcé, qui lui faisait face à tout coup ?
Voyons comment n'aurait-elle pas tenté de profiter de ses avantages, de sa supériorité manifeste ? Pour savoir que l'attaque à outrance était vouée à l'échec, il fallait bien essayer.
Le changement de tactique imposé dés la reprise donna le résultat escompté.
Certes, il y avait quelque risque à rendre la bride aux Provençaux alors qu'ils comptaient toujours un but d'avance mais tout valait mieux que la répétition de la première mi-temps, avec une bonne quinzaire de joueurs massés à demeure devant le but de Delachet, et se livrant à une sorte de mauvaise parodie du football.En marquant quatre buts à lui seul, Bihel se réhabilita de certaines maladreses commises au cours du match Artois-Flandres.
Que Bihel ait réussi cet exploit alors qu'il avait pour adversaire direct Bastien, et le Bastien des grands jours s'il vous plaît : cela le classe.
Au risque de me répéter, j'exprime le regret que Baratte renonce délibérément à seconder Bihel et laisse inemployés, ou presque, les talents de réalisateur qu'on lui connaît.
Même s'il est vrai qu'en début de saison l'équipe des Flandres n'a pas été bien servie par une ligne d'avants comprenant deux avants centre, elle se devait de pousser l'expérience plus loin. Encore une fois, à quoi bon avoir en mains deux atouts maîtres si l'on n'en joue qu'un ?