OM Olympique de Marseille

20 mars 1991 L'OM élimine le Grand Milan AC

20 Mars 1991 Stade Vélodrome
l'OM bat Milan AC 1 à 0 (0 - 0)

Arbitre Mr Courtney(Angleterre) 37603 Spectateurs
But Waddle (75eme)
OM Olmetta - Amoros, Boli, Mozer, Casoni, Di Meco - Germain, Fournier (Vercruysse 81e) - Waddle, Papin (cap.) Pelé Entraineur Goethals
Milan Rossi - Tassoti, Costacurta, Baresi, Maldini- Donadoni (Simone 74e) Rijkaard, Ancelotti (Massaro 56e) Evani- Agostini, Gullit Entraineur Sacchi


Au match aller, l'OM avait fait match nul 1 à 1
Quand Milan est tombé au Stade-Vélodrome, l'Europe du football a d'abord pleuré.
Elle avait trop aimé son beau champion au jeu férocement délié.
Elle avait trop rêvé, certains soirs mémorables, au spectacle étourdissant de cet orchestre pris de folie créatrice.
Elle sentait poindre la fin d'une époque.

La fin d'une équipe qui lui avait donné la plus belle finale des temps modernes (contre la Steaua), l'historique récital madrilène et tellement d'autres images inoubliables.
L'événement, c'était donc d'abord l'échec du double champion d'Europe.
Marseille qui élimine Milan, c'est Santoro qui bat Lendel : on s'attache davantage à la défaite de l'un qu'à la victoire de l'autre. Et on ne peut en aucun cas parler de passation de pouvoir...
Les premiers instants de stupeur passés, les observateurs étrangers se sont ensuite penchés sur le berceau marseillais. Ils se sont déclarés intéressés par la vigueur et la beauté du bébé, mais ont refusé, logiquement et prudemment, de tirer des conclusions trop hâtives.
L'OM a eu la force et le talent de dégommer le Milan AC, certes, et cette référence augmente considérablement son crédit, mais il n'est pas question pour l'instant de l'asseoir sur le trône vide.
Même les joueurs marseillais ne revendiquement rien : "Nous savons que nous faisons désormais partie des meilleures équipes européennes, dit Eric Di Meco.
Mais pas un joueur ne vous dira que nous sommes les plus forts en Europe"Propos confirmés par cette analyse de Carlos Mozer : "Ce n'est pas parce que nous avons éliminé Milan que nous sommes les meilleurs en Europe.
Simplement, pendant quelques jours, Marseille est devenu la capitale du continent.
C'et un gros coup de projecteur, voilà tout. "
Les Italiens, et singulièrement les Milanais ont quand même été impressionnés. Dès la fin du match aller, Massaro avait déclaré "Celui des deux qui passera aura neuf chances sur dix de remporter la C 1." Un pronostic vraiment farfelu. Ancelotti, lui aussi, se montre hardi :
"L'Olympique et une grande équipe. S'il fallait la situer, je ne dis pas qu'elle dominerait le Championnat d'Italie, mais elle ferait certainement partie des quatre ou cinq plus grosses cylindrées.
Disons au niveau de la Juventus." Ce n'et pas tout à fait le sommet -du moins actuellement- mais c'est tout de même très haut.
C'est sur le plan tactique que les Marseillais ont le plus marqué les esprits. "Ils sont surprenants", a dit Frank Rijkaard à sa sortie du terrain. Et Arrigo Sacchi n'a pas économisé les superlatifs au sujet de son confrère belge : "Marseille possède un supertacticien qui s'appelle Goethals. Il a beaucoup apporté à l'équipe, surtout à la défense", a dit le coach milanais.
La science de Raymond est passée auprès des joueurs. La défense en ligne, inaugurée à San Siro, a payé une deuxième fois au Vélodrome. Et Jean Fernandez, en adjoint admiratif, confie : "C'est la première fois en Coupe d'Europe qu'une équipe ose prendre Milan en zone. Il fallait le faire...
" Si le prétendant n'a pas encaissé de but en deux rencontres, sauf celui offert par Casoni à l'aller, c'est qu'il possède des arguments organisationnels certains. L'OM ne laisse pas non plus indifférent pas ses individualités.
La vitesse de Jean-Pierre Papin est aujourd'hui européennement connue.
Pelé a séduit l'Italie en cent quatre-vingts minutes.
Les cotes de Waddle et de Mozer ont pris 200% depuis leur Mondiale raté.
Boli inquiète.
Et Stojkovic intrigue. C'est là, dans la qualité technique de chacun de ses membres que l'OM d'aujourd'hui se démarque le plus du Saint-Etienne d'hier.
Jamais les Verts n'ont dégagé autant de maîtrise dans le maniement du ballon et la conduite de leurs matches. Ils étaient toujours à la limite.
Les Marseillais ont dominé Milan d'une toute autre manière.
Comme le commando stéphanois de la grande époque, en revanche les partenaires de JPP bénéficient d'un environnement exceptionnel. L'ambiance au Stade-Vélodrome, mercredi, était digne de San Paolo à Naples.
Ils possèdent par ailleurs une motivation hors normes.
"Une équipe assoiffée de gloire", comme la définit Sacchi.
Une équipe qui affiche aussi une grande confiance.
"Nous n'avons pas joué petit bras", dit joliment Goethals.
Malgré ses progrès, ses atouts et son extraordinaire exploit, l'OM n'est donc pas encore roi.
Comment lui accorder un tel rang après un "coup" unique, fût-il de maître ?
Goethals lui-même ne cesse de répéter :
"Nous avons réalisé un exploit, mais ça, tout le monde sait le faire une fois.
Maintenant il faut confirmer. Le plus dur reste donc à venir.
" D'autant que Di Meco estime : "On ne retrouvera jamais une pression aussi forte que celle qui s'est exercée avant la confrontation contre Milan du fait de la qualité de l'adversaire et des deux mois et demi de préparation."
Au match aller, l'OM avait fait match nul 1 à 1 Ci-dessus le but égalisateur de JPP
Souvenirs Eric Di Meco

J'ai souvenir d'un match contre le Milan AC en quart de finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions, a confié l'ancien latéral gauche. C'était le grand Milan AC. Nous on espérait un jour peut-être rivaliser avec eux et on tombe en quarts de finale contre eux. Donc on les voyait à la télé, car je crois que l'année d'avant ils avaient gagné la Coupe d'Europe. Je me retrouve dans le tunnel, à côté de Rijkaard, Gullit, Baresi, Maldini, ... Ces mecs, ils étaient solides physiquement. Je me souviens, on était à côté d'eux, on se disait surtout, on reste le torse bombé et on les regarde dans les yeux, parce qu'il ne faut pas qu'on baisse les yeux. Alors ce n'est pas un sport de combat comme le rugby, mais à ce moment-là, ils étaient tellement impressionnants. Ils avaient tellement l'habitude d'écraser les mecs, juste en rentrant dans le vestiaire à côté d'eux qu'on s'est dit : non, surtout, ne pas baisser les yeux. En championnat, tu ne peux pas faire le côté intox, dans le tunnel. Tu joues dix ans contre eux deux fois par an, ils connaissent. Alors qu'en Coupe d'Europe, je prenais beaucoup de plaisir au défi.
"