OM Olympique de Marseille

Roger Scotti, le fidèle technicien hors-pair

SCOTTI (Roger). -
Né le 29 juillet 1925 à Marseille. 2 sélections contre la Belgique, le 1er novembre 1950 (3-3-) et la Hongrie le 7 octobre 56 (1-2).
L'un des plus grands techniciens ayant joué sous le maillot blanc. Formé au club, il y demeura 25 ans enlevant la Coupe 43 (à 17 ans) et le Championnat 48.
Un palmarès bien maigre (comme ses 2 sélections) en regard de son très grand talent....

Roger était encore Lycéen quand il joua en professionnel à l'OM et remporta la Coupe de France contre Bordeaux avec ses grands amis Jean Robin, Felix Pironti et Georges Dard .
C'était un phénomène de technique, certainement un des meilleurs en France.


Il fut Champion de France en 1948 et à une époque où aucun joueur marseillais n'était sélectionné, son grand talent lui valut de jouer contre la Belgique en 1950.
Darui lui tourna le dos lors d'un OM Roubaix car après deux premiers penalties (un avait du être retiré) où il avait plongé de l'autre coté, il ne supporta pas le troisième.
Après le titre, l'OM traversa une crise profonde qui ne lui fit plus jouer les premiers rôles, si ce n'est une finale de Coupe de France, une Coupe Drago, ancienne coupe de la Ligue et Roger préfera se retirer en 1958, juste avant que le club pourtant renforcé ne descende en 1959.
Avec Jean-Jacques Marcel, il constituait une formidable paire de demi qui fut associée contre la grande Hongrie de Ferenc Puskas, Hidgekuti, Boszik, Czibor et Kocsis.
Lors de la Finale 1954, l'OM avait constitué une triplette magique avec Ben Barek, Andersson et Scotti.
A la dernière minute, mené 2 à 1, Roger adressa un lob qui devait permettre l'égalisation mais Pancho Gonzales se jeta et dans un retourné desespéré envoya la balle sur la barre, elle rebondit sur la ligne et les Marseillais prétendirent longtemps qu'elle l'avait franchie, en vain.
Roger Scotti avait la particularité de jouer à un rythme que l'on pensait lent, mais comme il le disait, le plus important c'est que la balle circule et il avait raison.
Son jeu sortait du cadre habituel de l'OM qui était le Droit au But.
Mais quelle technique.
C'était un tireur de pénalty extraordinaire et il se permit de rater son premier à plus de 30 ans contre Nancy au Parc des Princes où l'OM essuya un revers cinglant contre Piantoni Hediart et Deladerierre par 6 à 1.
L'OM remporta la Coupe Drago, ce qui allait être son chant du cygne, en 1956/57.
Déjà, cette équipe était vieillissante, et Roger après avoir refusé diplomatiquement une sélection contre l'URSS de Lev Yachine commençait à penser à passer la main.
Il décida lors de la saison 57/58 d'arreter après un début de saison difficile, mais il fut rattraper pour terminer la saison et aider l'OM à sauver sa place avec Yeso Amalfi venu en sauveur et Jean-Jacques Marcel.
L'OM se passa de ses grands anciens, Gunnar Andersson, Roger Scotti, Palluch, Domingo, Johansson, laissa partir Dominique Rustichelli et son recrutement de vedette allait précipiter sa descente en 1959.
Toute une époque....
Le penalty de Roger contre Darui

par Alain Pecheral


Julien Darui fut, face à Scotti, le héros malheureux d'une autre histoire de penalties, entièrement authentique celle-là.
C'était en septembre en 1948, à l'orée de la saison.
L'OM champion de France, étrennait un titre précédemment détenue par Roubaix, son visiteur du jour, dont la cage était défendue par Darui, portier de l'équipe de France.
Pour les plus jeunes d'entre nos lecteurs, il faut souligner ici combien fut grande la contribution de Julien Darui, à l'évolution du poste de gardien de but : petit, mais toujours bien placé, il fut le premier à occuper l'intégralité de la surface de réparation, à déserter sa ligne pour mieux commander sa défense, à bannir l'aveugle dégagement au pied pour relancer à la main. C'était un grand gardien, célèbre dans toute l'Europe. Pour les plus âgés qui ont peut-être oublié ce détail, on peut rappeler qu'il présente la caractéristique rarissime d'avoir disputé quatre finales de Coupe de France avec quatre clubs différents : Charleville, Olympique Lillois, Red Star et Lille OSC. Seul Franck Sauzée, par la suite, a réussi à égaler ce record, avec Sochaux, l'OM Monaco et Strasbourg.
Ce jour-là, Darui et le CORT tenaient la dragée haute à l'OM, menant même 1-0 après une heure de jeu, lorsque le petit Hongrois Nagy, pressé par l'arrière central roubaisien Dubois, s'effondra dans la surface. Nagy il faut l'avouer, était passé maître dans cet art difficile. Penalty donc. Scotti feignit de tirer sur la droite de Darui, qui s'envola de bon coeur vers ce ballon imaginaire, pendant que le vrai secouait le petit filet, tout là-bas sur sa gauche. Ras de terre ras du montant, le contre-pied magistral.
Las ! Félix Pironti avait pénétré dans la surface de réparation avant l'exécution de la sentence.
Il fallait recommencer. Instant crucial pour le tireur qui, dans ces cas-là, est souvent assailli par le doute.
Son face-à-face avec le gardien prend alors un tour très particulier, comme dan ce jeu chinois (ciseaux, papier, caillou) où chacun doit s'efforcer de deviner les intentions de l'autre. Mais il en fallait plus pour décontenancer Scotti le placide... Il fit deux pas feinta le tir sur la droite de Darui, et plaça le ballon sur sa gauche. Ras de terre, ras du montant, comme précédemment. Jubilation sur les gradins tandis que Darui, beau joueur, allait serrer la main de celui qui venait ainsi de le mystifier par deux fois.
Mais cinq minutes plus tard, voilà que tout recommençait, près de la ligne de sortie, Nagy (encore lui) se trouvait à la lutte avec Dubois (toujours lui) et Delepaut.
Et s'effondrait, comme de bien entendu... Penalty ! estima l'arbitre lyonnais, M. Veyret. Cette fois, le portier sortit de ses gonds. Il courut vers l'arbitre en protestant véhémentement puis, en tant que capitaine incita les siens à abandonner la partie. Réalisant l'énormité d'une telle décision, il revint tout de même sur le terrain mais, au moment où Scotti s'élançait pour exécuter la sentence, il croisa les bras et lui tourna ostensiblement le dos ! C'est ainsi que Darui se vit infliger le seul avertissement de sa carrière...

Alain Pecheral