OM Olympique de Marseille

Skoblar, Magnusson, deux rois pour un doublé

Il y a deux catégories de spectateurs : ceux qui ont vu jouer Skoblar et les autres... qui ne pourront jamais le regretter assez.
C'est une formule. Ce pourrait être aussi le verdict d'un sondage, à l'applaudimètre du temps : grand parmi les grands, Josip Skoblar fut à coup sûr, avec Jean-Pierre Papin, le plus flamboyant attaquant qu'on ait vu à l'OM.
Un aigle, un tigre, un pur-sang... L'image étant au chroniqueur ce que la parabole était à Jésus, les qualificatifs jamais ne manquèrent à l'endroit du fabuleux buteur yougoslave. On notera que tous s'efforçaient de traduire l'impression de jaillissement, de noblesse et de foudroyante agressivité qui émanait du personnage, sorte de pirate aux yeux de braise que l'on imaginait volontiers le front ceint d'un foulard, abordant rictus aux lèvres une felouque au ennemie au large des crique dentelées de sa Dalmatie natale.
En six saison à Marseille, Skoblar a marqué cent cinquante et un buts en Championnat, dont quarante-quatre au cours d'un même exercice (1970-71) ce qui lui valut d'enlever le titre de meilleur buteur d'Europe, le Soulier d'Or, très fameux à l'époque (et d'établir un total historique en Première Division, record qui tenait toujours en 2006). Il a gagné deux fois le Championnat et une fois la Coupe de France à la tête d'une équipe extraordinaire, l'une des plus spectaculaires à travers les âges olympiens. Du Parc des Princes à Zabrze, il a fait jaillir la foudre et enflammé tout un peuple de supporters.
Magnusson était un dribbleur comme le football n'en avait plus connu depuis Garrincha. Mais un dribbleur altruiste, mettant son art au service de l'équipe. Acheté très jeune par la Juventus de Turin alors qu'il venait tout juste de faire ses débuts en équipe nationale, le Suédois vivait cette situation paradoxale de ne jouer que les matches de Coupe d'Europe en Italie, où les frontières avaient été fermées aux footballeurs étrangers peu après son arrivée.
Une chance inespérée pour l'OM qui, en obtenant le renfort de cet illusionniste inspiré, mit la main sur l'un des meilleurs joueurs du continent.
Quand ce gaillard-là s'emparait du ballon et entreprenait de le faire passer de son pied droit vers son pied gauche à vitesse accélérée, on croyait toujours assister à une partie de bonneteau, ce fascinant jeu de dupes.
As de coeur, as de pique, as de carreau, il est là, le voici, le voilà... Tiens ! Mais où est donc le ballon ? Olé ! criait la foule. Et Roger s'en allait, comme un crabe en maraude, tandis que son adversaire les fesses dans le gazon cherchait vainement à comprendre.
Dans ses grands jours, Magnusson était capable d'effacer ainsi deux, trois, quatre adversaires et de faire basculer un match à lui seul.
Au même titre que "Zizou" Bonnel, il avait pris une part prépondérante à la victoire en Coupe 1969, puis à la triomphale marche vers le titre 1971 au cours de laquelle il avait été un merveilleux pourvoyeur pour le futur Soulier d'Or.
Mais c'est le 4 juin 1972, peut-être qu'il donna l'un de ses plus beaux récitals. Ce qu'il accomplit ce jour-là sur la pelouse du tout nouveau Parc de Princes, face à Bastia (2-1), peu de joueurs l'ont réussi au cours d'une finale...
à suivre dans La Grande Histoire de l'OM d'Alain Pécheral